Tracer des itinéraires pour une marche du quotidien dans les espaces périurbains - Une expérimentation méthodologique à Quimper

6/1/2026
Les auteurs de cet article
Jean-Marc Offner
Directeur scientifique
Camille Krier
Directrice associée
Nicolas Louvet
Fondateur et Directeur

Trop longtemps ignorée par les politiques publiques de déplacement, la marche commence à prendre sa place dans les réflexions et actions en matière de transition. Mais les approches proposées peinent à transgresser les schémas élaborés depuis le déploiement des rues piétonnes commerçantes de centre-ville il y a plus de cinquante ans. Elles se préoccupent des piétons là où ils se trouvent déjà, respectueuses de l’indice de marchabilité des trois D (densité, diversité, design). Et elles privilégient un piéton flâneur (consommateur, promeneur, touriste), cible des réaménagements d’espaces publics. Un piéton urbain, trop urbain, et pas assez marcheur.

Car la mutation de l’économie générale des systèmes de déplacement se joue dans d’autres espaces-temps : le marcheur du quotidien, dans les périphéries des villes. Un tiers des Français habite le périurbain, dans la diversité de ses configurations. La marche y est pratiquée, un peu, par obligation ou par choix. Elle pourrait y être beaucoup plus présente, dès lors que l’on accepte de mettre de côté les doctrines propres au modèle de la ville dense et compacte pour penser autrement la question de la marche dans un urbain diffus, fragmenté, ouvert. 6t-bureau de recherche, accompagné par le Forum Vies Mobiles, accueilli par la ville et l’agglomération de Quimper, a donc jugé important d’élaborer une méthode inédite d’appréhension de la marche dans les espaces périurbains et d’en tester concrètement l’application.

Le terrain quimpérois

A pied d’œuvre

Préfecture du Finistère, Quimper compte 65 000 habitants, l’agglomération 100 000 habitants. Le territoire se caractérise par un vaste centre piétonnier, intégrant les rues et places de la vieille ville, dynamique du point de vue commercial comme touristique ; quelques quartiers limitrophes au centre de type faubourgs (1ère couronne) ; des « entrées de ville » avec de nombreuses zones d’activité et hypermarchés, à proximité de lotissements et grands ensembles (2ème couronne) ; la rocade et ses rives boisées (3ème couronne), à faible distance du centre (entre deux et cinq km) ; l’extra-rocade (4ème couronne), majoritairement hors zone agglomérée. Le piéton se déplace donc confortablement dans le centre de Quimper. Au-delà, la marchabilité se détériore rapidement. Trottoirs défectueux et forte présence de la voiture en 1ère couronne ; cheminements piétons souvent hasardeux voire inexistants en 2ème et 3ème couronnes (difficultés spécifiques imposées par de nombreux ronds-points) ; distances de déplacement peu adaptées à la métrique piétonne en 4ème couronne.

Démarche

Des itinéraires de plain-pied

Les principes généralement mis en avant pour la promotion de la marche en ville perdent de leur pertinence dans les zones périurbaines, qu’il s’agisse de la piétonisation de lieux spécifiques, de la réduction des espaces viaires dédiés à la voiture, du désencombrement de trottoirs ou du maillage des axes piétons.

Là où les espaces ouverts se font plus lâches, les flux piétons moins massifs, les trottoirs plus rares, là où le piéton doit longer une route aux accotements boueux, traverser un rond-point, trouver la sortie d’un lotissement, se perdre au croisement de deux chemins de randonnées, il n’est plus question d’aménager des espaces publics… qui n’existent pas vraiment. La notion d’itinéraire, dans sa linéarité, y trouve alors toute sa pertinence. Le parcours est doté d’une origine et d’une destination. Il fait tronc commun pour divers trajets. Son tracé est lisible, sur le terrain, sur les plans, dans les cartographies mentales.

Pour les pratiquants, l’itinéraire apporte confort amélioré et agréments inespérés. Surtout, il témoigne de la légitimité des marcheurs à parcourir sereinement les espaces périurbains, à tracer leurs propres voies. Pour les autres, l’itinéraire est là pour donner envie de marcher. Il se voit, bien planté dans le décor, propice à la découverte, efficace pour se déplacer. L’itinéraire est l’axe stratégique du développement de la marche dans le périurbain. Il s’agit donc d’abord d’en sélectionner quelques-uns, puis de concevoir leur aménagement par une démarche collaborative, ensuite de poursuivre leur déploiement, itinéraire après itinéraire.

Afin de renforcer l’attractivité des itinéraires, leurs critères de choix intègrent quatre conditions.

- Un itinéraire déjà emprunté par des marcheurs, même modestement mais régulièrement, sans obstacles apparents pour accroître sa capacité d’accueil.

- A l’un des deux bouts de l’itinéraire, un pôle générateur de déplacements piétons (équipement, zone commerciale…) laissant supposer des potentialités de croissance du trafic à la suite de l’amélioration de l’offre piétonne ainsi que des usagers identifiables collectivement (au moins pour partie) : des clients rentrant d’un hypermarché, des travailleurs déposés à l’entrée d’un parc d’activités, des personnels de santé allant prendre leur poste à l’hôpital, des collégiens.

- Une longueur du trajet à l’aune de la métrique périurbaine, pour des distances et des distances-temps supérieures aux normes de la proximité de voisinage en ville (critère d’autant plus pertinent en situation de service de transport collectif défaillant).

- Une existence institutionnelle du générateur (établissement scolaire ou de santé, enseigne commerciale, centre de loisir…) permettant d’en faire un partenaire de la démarche.

Ces partenaires méritent attention pour trois raisons : ils facilitent le recrutement de volontaires pour saisir l’expertise d’usage ; partie-prenante du projet « itinéraire », ils peuvent mener des actions complémentaires en faveur de la marche sur leur domaine propre (par exemple en aménageant des sentes piétonnes depuis leur entrée vers des espaces publics, en réagençant des parkings) ou dans le cadre d’activités RSE ; ils renforcent la nécessaire coalition d’acteurs apte à mettre à l’agenda politique de manière ambitieuse et pérenne la question piétonne.

L’expérimentation quimpéroise suggère de mieux garantir la mobilisation des partenaires d’itinéraires, par une double assurance : ne pas décider du choix d’un itinéraire sans un accord explicite ; privilégier des partenaires engagés : entreprises privées dotées d’un plan de mobilité employeur (finalisé ou en cours d’élaboration) ; institutions d’intérêt général concernées par les dimensions locales de leurs activités ; organismes en relation fréquente avec la collectivité locale.

Avec cette notion d’itinéraire ainsi caractérisée, il s’agit bien de proposer une offre infrastructurelle inédite. Dans le cas quimpérois, une dizaine d’itinéraires ont été présélectionnés, à la suite de premiers repérages (cartographies et terrains) ainsi que d’échanges avec les techniciens et élus. Deux d’entre eux ont ensuite été choisis, chacun avec ses caractéristiques propres.

Kermoysan – pont de Poulguinan – Kerdrézec / hypermarché Carrefour

Un itinéraire stratégique entre rives droite et gauche de l’Odet, le fleuve qui traverse Quimper, pour une double fonctionnalité d’accès à une zone commerciale (en particulier pour les habitants de Kermoysan, quartier « politique de la ville ») et de promenade (un chemin de grande randonnée emprunte le pont) dans un environnement routier a priori rébarbatif et. inconfortable mais non démuni de qualités paysagères valorisables. Un contexte d’entrée de ville typique, avec des problèmes de sécurité́ et de nuisances (ronds-points, pont routier sous la responsabilité du département) qui n’empêchent pas une fréquentation relativement importante. Environ deux kilomètres entre le quartier et le centre commercial. L’enseigne Carrefour comme partenaire potentiel.

Itinéraire Kermoysan-Kerdrezec sur la commune de Quimper (source : Géoportail)

Quartier du Braden - Keradennec

Le Braden, ZAC des années 1980 qualifiée de village dans la ville, présente un maillage piétonnier impressionnant, autonome par rapport au réseau viaire. En effet, les chemins et garennes entourant l’ancienne ferme du Braden ont été conservés, les lotissements pavillonnaires et petits collectifs s’y connectant. Lors de la construction de la voie express enserrant pour partie le quartier, des tunnels piétons ont été conçus pour la franchir. En promouvant un itinéraire reliant le quartier à sa périphérie sud, Keradennec, avec des zones d’activité diversifiées (commerces, parc de jeux, loisirs, services, administrations…), le projet actualise l’ambition pédestre initiale du quartier à une plus grande échelle. L’itinéraire, déjà emprunté, en particulier par des promeneurs, profite d’espaces verts très présents dans cette partie sud-est de Quimper, avec les sentiers du bois de Keradennec. Il représente un raccourci par rapport à un trajet empruntant le réseau viaire, pour 15 à 30 mn de marche selon les destinations. Une association de quartier dynamique comme partenaire potentiel.

Itinéraire Braden-Keradennec sur la commune de Quimper (source : Géoportail)

La méthode collaborative des Quatre Marches

Chemin faisant

Cette logique d’appréhension de la marche par les itinéraires implique l’élaboration d’une méthode de travail également inédite, qui structure le processus d’élaboration du projet « itinéraire » en quatre marches successives, mobilisant selon des géométries variables élus, techniciens des services, usagers (recrutement spécifique) et représentants associatifs (associations de quartier, randonneurs, cyclistes intéressés par la marche, associations de défense du piéton…), l’équipe-projet productrice de l’étude étant à la manœuvre tout au long du dispositif.

Photographies des itinéraires et de leur arpentage

Itinéraires dessinés : une double cartographie pour un diagnostic technique synthétique

L’objectif est de condenser les informations nécessaires à la poursuite des phases suivantes. Une première carte présente l’itinéraire dans sa globalité, comme lien entre une origine et une destination, entre deux quartiers de Quimper ; son tracé dans le tissu urbain et périurbain. Elle illustre la pertinence du choix de l’itinéraire, tant par la géographie relationnelle qu’il permet d’appréhender que par l’importance du générateur piétons et l’ordre de grandeur des distances et durées des trajets. Elle mentionne d’éventuelles options de tracés.

Un deuxième type de carte indique les tronçons qui composent l’itinéraire. Elle précise leurs caractéristiques, depuis la nature et la qualité des revêtements jusqu’aux ambiances paysagères (photos). Elle mentionne des éléments dysfonctionnels à traiter ou des endroits singuliers à valoriser. Il s’avère par ailleurs très utile de faire figurer dès cette première étape les domanialités et les responsabilités de gestion, dès lors que ces informations se trouvent disponibles sans difficultés.

Itinéraire dessiné Braden-Keradennec (source : Atelier professionnel de l'Institut de Géoarchitecture de Brest coordonné par 6t)
Itinéraire dessiné Kermoysan-Kerdrezec (source : Atelier professionnel de l'Institut de Géoarchitecture de Brest avec 6t)

Parcours commentés : des modes de recrutement des usagers diversifiés

Un diagnostic technique a été apporté par les itinéraires dessinés. Les parcours commentés s’attachent ensuite à considérer l’expertise d’usage. L’objectif est de recueillir les ressentis et avis des usagers de l’itinéraire, usagers effectifs et potentiels. Le sujets évoqués portent sur ce que l’on nommerait dans le monde de l’entreprise l’expérience client, en particulier les aspects ergonomiques (les conditions du « travail » de marche).

Le recueil de l’expertise d’usage s’effectue par le dialogue en marchant (prise de notes par les accompagnateurs). Il prend aussi la forme de réponses écrites à un questionnaire structuré par tronçon (livret du marcheur). Les questions portent sur les ressentis en matière de perception visuelle et sonore, de sécurité et de confort. On demande aussi au participant d’exprimer ses besoins, de délivrer des mots-clés de sa perception globale, de signaler les points négatifs de l’itinéraire ainsi que ses atouts et ses éléments valorisables. Propositions et priorités d’intervention sont évoquées.

Le test quimpérois des parcours commentés valide les manières de recueillir l’expertise d’usage. Il démontre également la plus-value apportée par cette expertise en regard des diagnostics techniques initiaux. Des difficultés ont en revanche perturbé les opérations de recrutement. Pour l’itinéraire Braden, le partenaire (association des habitants) a bien joué son rôle. Mais la diversité en termes d’usage, qui garantit la variété des expériences donc la pluralité des expertises, n’a pu être obtenue ainsi. La tentative de recrutement de résidents sans habitudes de marche, par dépôt de flyers dans quelques endroits du quartier, a eu des résultats limités.

Les recrutements pour l’itinéraire Kermoysan – centre commercial ont pour leur part souffert de l’instabilité des contacts avec le partenaire pressenti, Carrefour. L’appel aux volontaires n’a pu compter sur les panels de clients. Des flyers ont alors été déposés dans d’autres commerces du centre. Et les membres du conseil de quartier concerné ont été sollicités.

Il s’avère donc essentiel de multiplier les sources de recrutement : le partenaire de l’itinéraire via ses propres contacts mais aussi des intermédiaires disposant de listes préétablies, des appels par flyers en des lieux susceptibles de voir passer des usagers, l’interpellation sur le site.

Flyers de recrutement de participants aux parcours commentés (source : Atelier professionnel de l'Institut de Géoarchitecture de Brest encadré par 6t)

Cheminements concertés : de l’art du travail en groupe

La troisième phase des cheminements concertés a été préparée par un groupe de travail rassemblant élus, techniciens, représentants associatifs et équipe-projet. Pour ces troisièmes types de marche, une grille d’analyse structurée par tronçon et par point d’intérêt invite les participants à faire des propositions et à préciser les boîtes à outils mobilisables pour répondre aux objectifs exprimés à travers la synthèse des phases antérieures. Ces cheminements concertés servent à établir des cahiers d’intentions. L’idée de pré-cahier des charges ne fonctionne pas, dès lors qu’il apparaît souvent difficile d’anticiper les concrétisations possibles des objectifs formulés et qu’il existe parfois plusieurs manières de répondre aux demandes. D’ailleurs, les réponses appartiennent rarement à un seul service technique, un enjeu majeur pour la suite des évènements.

Marche délibérative : une décision politique en préparation

Cette marche finale réunit les principaux élus concernés par la démarche et ses suites possibles. Chacun dispose des cahiers d’intentions. Les options se précisent. Les questions en suspend sont listées.

Ces marches s’adaptent à des castings évolutifs. Ainsi les cheminements concertés peuvent-ils accueillir l’ensemble des parties-prenantes ou, hors de la présence des élus, laisser s’installer un dialogue technique entre représentants associatifs et responsables de service. Ainsi les marches délibératives peuvent-elles approfondir les échanges entre élus et techniciens ou faire plutôt place à discussions entre élus : responsables politiques (ville et intercommunalité) sectoriels et territoriaux (adjoints de quartier, maires de communes périphériques). Le casting est affaire de préférences organisationnelles comme d’habitudes de travail.

Au-delà de leur rôle de co-construction des projets, ces marches facilitent la mobilisation des troupes – en l’occurrence les élus, les techniciens, les responsables associatifs et les partenaires qui veulent bien jouer le jeu – embarquées marche après marche dans l’aventure, pour une adhésion collective forgeant une argumentation nécessaire à la suite des évènements : bâtir une politique publique locale de la marche.

Questionnement

Pas à pas

Le processus de co-construction des itinéraires a fait apparaître trois sujets de préoccupation.

- La cohabitation piétons / vélos. En présence de tronçons d’itinéraires alternatifs, le choix final a privilégié le tracé évitant la cohabitation entre marcheurs et cyclistes. Dans les situations d’impossibilité d’évitement des tronçons mixtes, le « rouler au pas » pour les vélos en cas de croisement avec des piétons a été demandé. On retrouve ainsi la traduction de la hiérarchie des modes de transport (piéton, vélo, transport collectif, automobile), y compris au sein du bloc « mobilité active », principe qui commence à s’établir en France.

- Les « attracteurs ». Les chemins de randonnée attirent les marcheurs parce qu’ils permettent de traverser de beaux paysages, de jouir de points-de-vue, de rejoindre des lieux remarquables. Même si les itinéraires périurbains n’ont pas cette vocation première de valorisation des espaces traversés, il est intéressant de raisonner de manière analogue, soit pour mettre en scène un élément remarquable du paysage, soit pour faire de l’itinéraire un support de découverte, depuis l’étiquetage d’arbres remarquables jusqu’à l’installation de dispositifs artistiques dans les passages piétons souterrains. Ces réflexions n’ont pas vraiment de porte-parole lors des marches. Il serait pertinent de spécialiser une personne durant les cheminements concertés.

- Les marqueurs communs aux itinéraires. Plusieurs pistes ont été lancées afin de donner aux itinéraires une identité partagée, au-delà de leur insertion propre. Ces marqueurs veulent signifier le caractère spécifique des itinéraires : pas un tronçon parmi d’autres dans un maillage piétonnier viaire, mais bien un cheminement privilégié, un itinéraire doté d’une origine ou d’une destination particulière, dans une métrique dépassant le seul trajet de proximité. Un itinéraire à graver dans les plans et les applications GPS comme dans les cartes mentales.

Signalétiques et mobiliers urbains inédits, revêtement original, attracteurs au design similaire… L’élaboration de ces marqueurs fait envisager l’intérêt d’un label « itinéraire piéton », fournissant un cahier des charges pour la conception des tracés et leur aménagement.

La marche périurbaine

A petits et grands pas

Les terrains enquêtés mettent à jour un marcheur méconnu, ni piéton urbain des hauts-lieux du shopping et du tourisme, ni habitué des « à deux pas » en bas de chez soi, ni randonneur au long cours. A l’instar des territoires périurbains, entre ville et campagne, ce marcheur périurbain hybride ses références. S’installe sur les itinéraires une cohabitation entre des usagers forts de leur culture de randonneur et d’autres personnes adoptant plutôt les normes du piéton urbain.

Cette double orientation peut aussi se retrouver chez un même individu, selon le motif et le moment de son déplacement.

C’est ainsi que s’exprime souvent une certaine mansuétude à l’égard de situations de marche dégradées (nuisances sonores, proximité des voitures, revêtements inconfortables), en tout cas perçues comme tel dans le diagnostic technique, les attentes ergonomiques se relativisant à l’aune des contraintes effectives. Ces usagers semblent également coutumiers d’une marche multifonctionnelle : non seulement rejoindre une destination mais aussi s’occuper de sa santé, prendre son temps mais aussi maîtriser ses horaires… Ces résultats obtenus par le cas quimpérois méritent confirmation dans d’autres situations.

Le cahier des charges se confirme. Il y a à faire exister l’itinéraire, le rendre présent dans les cartes mentales des habitants, mettre ses accès en visibilité, l’inscrire sur les plans et dans les applications de navigation GPS. Assurer la continuité du cheminement, par la disparition ou l’atténuation des points noirs, par un jalonnement approprié, par des marqueurs identitaires de l’« objet » itinéraire. Le marcheur, surtout néophyte, doit savoir ce que lui promet l’itinéraire, à l’instar d’une piste cyclable ou d’une zone de rencontre. Ce sera affaire d’ergonomie plus que de design, avec des arbitrages à opérer entre les attentes respectives du piéton des villes et du randonneur des campagnes : type de revêtement des sols, éclairage, densité de la signalétique et du mobilier urbain, logiques de jalonnement, mode d’approche des questions de sécurité, etc. Ces chantiers techniques à ouvrir pour poursuivre la démarche impliquent quelques chantiers organisationnels, au regard de la diversité des compétences à faire coopérer : équipe-projet ad hoc, leadership d’une direction…

Marche à suivre

Cette démarche « itinéraires » n’a pas l’exclusivité de l’attention portée aux marcheurs dans le périurbain. Ainsi, les zones pavillonnaires se prêtent à la redécouverte de raccourcis, sentes mal signalées ou devenues impasses. Des aménagements aux abords des arrêts de transport collectif doivent pouvoir faciliter les trajets de rabattement à pied. Des randonnées en boucle entre ville et campagne, tels les « sentiers métropolitains », retrouveront la logique des itinéraires en s’attachant à relier des équipements entre eux.

Mais l’approche par les itinéraires combine les avantages comparatifs : plus d’habitants touchés, une insertion (progressive) sur l’ensemble du territoire, la reconnaissance d’un piéton-marcheur multidimensionnel, une mobilisation d’acteurs diversifiés, de la visibilité pour l’action publique locale, un levier stratégique pour développer en ville et hors-ville une ambitieuse politique de la marche.